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La memoire collective personifiee: une analogie


Annexe 1 de: Utilisation de la Documentation Internationale (English version)
(English version of Annex: Collective Memory Personified: an analogy)


Le texte ci-après semble être un résumé excellent, bien que navrant, de la condition de la société internationale - notamment en ce qui concerne la mémoire collective. Il s'agit en fait de la description que donne Ronald Laing d'un malade atteint de schizophrénie chronique. Les lecteurs peuvent remplacer le personnage de Julie par la "société internationale" ou la "communauté internationale", en gardant à l'esprit leur relation avec la mémoire collective.

"Même lorsqu'on sentait que ce qui était dit émanait d'un individu, le fragment du moi, d'où venaient les mots et les actes, n'était pas Julie. Ce pouvait être quelqu'un qui nous adressait la parole, mais quand on écoute un schizophrène, il est très difficile de savoir "qui" parle, et il est tout aussi difficile de savoir "à qui" on s'adresse ... On peut commencer à identifier des bribes de discours, ou des fragments de comportement surgissant à diverges reprises, qui semblent aller ensemble en raison de similitudes dans l'intonation, le vocabulaire, la syntaxe, le souci d'énonciation, ou bien constituer un comportement à cause de certains gestes ou attitudes stéréotypés. On semblait donc être en présence de divers fragments, ou d'éléments incomplets, ou encore de "personnalités" différentes intervenant en même temps ...

Avec Julie, il n'était pas difficile d'avoir une espèce d'échange verbal, mais elle semblait ne pas avoir d'unité globale et être une constellation de systèmes partiels quasi autonomes. Il était difficile de "lui" parler. Cependant ... même cet état de non-entité presque chaotique n'était nullement irréversible, et sa désintégration n'était pas fixée. Parfois, Julie se ressaisissait merveilleusement et faisait preuve d'une perception extrêmement pathétique de sa triste condition. Mais, pour plusieurs raisons, elle était terrorisée par ces moments d'intégration. Entre autres, parce qu'ils lui causaient une forte angoisse et que le processus de désintégration semblait être retenu par la mémoire et redouté comme une expérience si terrible qu'elle trouvait refuge dans sa non-intégration, son irréalité et sa torpeur. En tant que schizophrène chronique, l'être qu'était Julie se caractérisait donc par l'absence d'unité et par la division ence qu'on pourrait désigner de diverses manières : "assemblages" partiels, ensembles, systèmes partiels, ou "objets internes". Chacun de ces systèmes partiels possédait des traits reconnaissables et des traits propres spécifiques. En s'appuyant sur ces critères, on parvenait à expliquer bien des aspects de son comportement.

Le fait que son égo n'était pas assemblé globalement, mais morcelé en plusieurs assemblages ou systèmes partiels, nous permet de comprendre que les diverses fonctions, qui présupposent la réalisation de l'unité personnelle ou, du moins, un degré élevé d'unité personnelle ne pouvaient se trouver en elle puisqu'on fait, elles n'existaient pas.

L'unité personnelle est une condition préalable de la conscience réflexive, c'est-à-dire l'aptitude à réaliser que le moi agit avec une certaine absence de contrainte ou avec une simple prise de conscience primaire non réflexive. Chez Julie, chaque système partiel pouvait être conscient des objets, mais il pouvait arriver qu'un système ne soit pas conscient des processus se déroulant dans un autre système, séparé de lui. Par exemple, si au cours d'une conversation avec moi l'un des systèmes "parlait", il semblait n'y avoir en Julie aucune unité globale pour laquelle "elle", en tant que personne unifiée, pouvait être consciente de ce que ce système disait ou faisait.

Dans la mesure où la conscience réflexive était absente, "la mémoire", de laquelle la conscience réflexive semblerait un préalable, était très inégale ... L'absence d'une expérience globale de tout son être signifiait qu'il lui manquait l'expérience unifiée sur laquelle fonder une notion précise de ses "limites". Néanmoins, elle n'en était pas totalement dépourvue ... Au contraire, chaque système paraissait avoir une limite propre. C'est-à-dire qu'un système pouvait très bien être conscient du fait qu'un autre système pouvait se situer hors de lui ... C'était seulement de "l'extérieur" que l'on pouvait se rendre compte que différents systèmes conflictuels fonctionnaient simultanément chez Julie. Chaque système partiel semblait porter en lui sa propre focalisation du centre de conscience : il avait ses propres schémas de mémoire, très limités;et des moyens limités de structurer des perceptions; il avait des pulsions quasi autonomes ou séparées; une tendance propre à préserver son autonomie et à se garder des dangers qui menaçaient son autonomie. Julie désignait ces divers aspects par "il" ou "elle", ou s'adressait à eux en leur disant "vous". C'est-à-dire qu'au lieu d'avoir une conscience réflexive de ces divers aspects d'elle-même, "elle" percevait le fonctionnement d'un système partiel comme s'il n'était pas le "sien" mais était à l'extérieur. Elle était en proie à des hallucinations" (R.D. Laing. The Divided Self : a study of sanity and madness. London, Tavistock, 1960, pp. 214-217)

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